Ahmed ABDELKRIM
Ce samedi, la nouvelle est tombée comme une lame : les stations-service du Mali ferment, toutes. Le Syndicat national des acteurs du pétrole et des stations-service (SYNAPESS) l’a confirmé : plus une goutte d’essence, ni à Bamako ni dans les régions. Depuis plusieurs jours déjà, les pompes sont sèches. Désormais, c’est tout un pays qui se fige.
« Mon Sotrama est garé depuis deux jours », soupire Ibrahima, chauffeur de minibus. « Les passagers attendent, mais je ne peux rien faire. Sans carburant, je ne gagne pas un franc, et mes enfants ne mangent pas. » Dans ses mots, toute la détresse d’un peuple que l’on prive de mouvement, donc de vie.
Les hôpitaux aussi suffoquent. À Kayes, une infirmière confie : « Nos générateurs sont presque vides. Des malades sous assistance respiratoire risquent de mourir si ça continue. » Dans les villages, les camions ne livrent plus. Les étals se vident, les prix s’envolent. Un sac de riz coûte déjà deux fois plus cher qu’il y a une semaine.
Quand l’essence disparaît, c’est tout un pays qui s’arrête. Dans un Mali où l’économie informelle représente près de 80 % de l’activité, la pénurie de carburant n’est pas une simple crise : c’est une asphyxie. Les rues de Bamako, d’ordinaire saturées de circulation et de klaxons, résonnent d’un silence inquiétant.
Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Pendant des années, l’Algérie a été un poumon vital pour son voisin. Carburant, denrées, biens de première nécessité : Alger a soutenu Bamako par solidarité. Mais la junte malienne, dirigée par le colonel Assimi Goïta et son Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, a choisi la provocation et l’hostilité. Ce fil fragile s’est brisé. Aujourd’hui, ce sont les Maliens qui paient l’addition.
Au lieu de chercher des solutions, les putschistes protègent leurs privilèges. Ils détournent l’argent public vers l’armée et vers leurs poches. Pire : l’or du Mali, richesse nationale, est pillé et expédié discrètement à Dubaï. Des millions de dollars changent de mains. Pendant ce temps, la majorité survit avec moins d’un dollar par jour.
« On nous parle de souveraineté… mais quelle souveraineté quand on ne peut même pas acheter un litre d’essence ? », lance Fatoumata, vendeuse de légumes sur le marché de Bamako. Son indignation est celle de milliers de Maliens, humiliés, épuisés.
Jamais le fossé n’a été aussi large entre la junte et son peuple. Les premiers s’accrochent au pouvoir en s’entourant de conseillers étrangers. Les seconds affrontent la faim, l’isolement, la misère. La colère monte, lentement mais sûrement. Les murmures de révolte se répandent.
Le Mali est au bord de la rupture. L’histoire africaine a déjà connu ce scénario : des régimes militaires corrompus qui croyaient durer, puis qui se sont effondrés en laissant derrière eux un pays exsangue. Si rien ne change, le régime Goïta-Maïga suivra le même chemin.


