Abed Charef
Quand le président américain Donald Trump s’engage dans une affaire, il y va à fond. Avec tous les excès. Quitte à échouer lamentablement, comme lorsqu’il a fixé à la Russie un ultimatum de cinquante jours, ramené ensuite à dix jours, pour aller à un accord de paix avec l’Ukraine.
Son plan pour mettre fin à la guerre à Ghaza ne déroge pas à cette règle.
A travers un document en vingt points rendu public le 29 Septembre, après une nouvelle rencontre avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, la quatrième de l’année, le président américain dessine une démarche qui convient d’abord à son protégé israélien, protège le criminel Benjamin Netanyahou, n’offre que peu de choses aux Palestiniens, auxquels il adresse un ultimatum jusqu’à dimanche 5 octobre pour accepter son offre, tout en les menaçant de «l’enfer» s’ils ne répondent pas favorablement à son offre.
Concrètement, le plan Trump offre beaucoup à Israël, et peu aux Palestiniens. Il vise certes à mettre fin au drame de Ghaza, mais n’apporte pas une paix juste, et n’offre pas de solution concrète et crédible pour les Palestiniens. A peine une vague promesse d’État, sans véritable consistance.
Blanchir Netanyahou et Israël
Le premier travers du plan Trump est qu’il permet de sauver Netanyahou. L’homme contre qui la Cour Pénale Internationale a émis un mandat d’arrêt pour crimes de guerre continue d’être un interlocuteur pour la solution à venir, alors qu’il a rasé Ghaza et provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes, commettant un génocide et une multitude de crimes de guerre.
Le plan Trump ne prévoit pas de sanctions contre Israël, ni contre les auteurs de crimes avérés. En outre, il dessine les contours d’une situation très favorable à Israël: éliminer toute idée et toute condition de résistance.
Sous prétexte d’amnistier les éléments de la résistance, à qui il offre la possibilité de rester en Palestine ou de s’exiler, il exige une forme de renoncement, les territoires palestiniens ne devant plus disposer de moyens de résister.
Les Palestiniens sous pression
En contrepartie, il offre aux Palestiniens une vague promesse d’État, difficile, voire impossible à concrétiser. La formule évoquant l’Etat palestinien, le point 19 du plan Trump, est si complexe qu’elle mérite d’être reprise en entier. «Le progrès du développement de Gaza et la mise en œuvre fidèle du programme de réforme de l’Autorité palestinienne pourraient enfin permettre de réunir les conditions pour ouvrir une voie crédible vers l’autodétermination palestinienne et la création d’un État palestinien, auxquelles nous comprenons que ce peuple aspire». Aucun engagement, aucune échéance, aucune modalité concrète, mais beaucoup de conditionnalités: il faudrait que l’autorité palestinienne réussisse ses réformes, c’est-à-dire qu’elle évolue conformément à ce que souhaitent les Etats-Unis, abandonnant toute idée de résistance; à ce moment-là, on commencera à réunir «les conditions pour ouvrir une voie crédible vers l’autodétermination palestinienne», le tout au conditionnel, avec en bout de course la possible «création d’un État palestinien» à laquelle M. Trump ne s’engage pas, même s’il fait aux Palestiniens l’aumône de les laisser y croire, en écrivant: «nous comprenons que ce peuple aspire» à un État indépendant.
A priori, les Palestiniens sont guéris de ce type de promesses. Après la désillusion des accords d’Oslo, ils ont appris une évidence: la parole américaine et israélienne n’est pas fiable. Ces pays sont capables de se renier, de signer des accords et de ne pas les respecter, de prendre des engagements fermes et de ne pas les tenir. Et pour aggraver la situation, le président Trump veut associer à la gestion transitoire de la Palestine un menteur professionnel, l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, l’homme qui avait activement participé à détruire l’Irak sur la base d’un mensonge avéré.
Le Hamas sous pression
Malgré ces handicaps, le Hamas a accepté le plan Trump, en émettant des réserves sur les points les plus négatifs, comme le désarmement du mouvement ou la mise en place des dispositions de l’accord.
Du point de vue du Hamas, il y avait urgence à mettre fin aux terribles souffrances des palestiniens de Ghaza, mais pas à n’importe quel prix. Le Hamas a montré que la résistance est possible, même si le prix est effrayant; il a poussé l’opinion mondiale à basculer en faveur de la Palestine; et il a replacé la question palestinienne au cœur de la problématique du Proche-Orient.
Refuser en bloc le plan Trump, ce n’est pas avoir peur de l’enfer (les Palestiniens y sont depuis deux ans), mais c’était risquer de s’aliéner le soutien de l’opinion mondiale. L’accepter, ce n’est pas une reddition ou ni une soumission, mais une décision politique que seuls les Palestiniens peuvent prendre, en fonction de leur appréciation de la situation. En lançant l’opération «Déluge Al-Aqsa», les formations de la résistance n’avaient pas pour objectif de battre l’armée israélienne et, derrière elle, toute la puissance occidentale. Elles avaient des objectifs politiques, dont certains ont été atteints, d’autres non.

