الحراك الإخباري - ?"Accompagner Macron "jusqu'au pas de la porte
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?"Accompagner Macron "jusqu'au pas de la porte

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Par Abed Charef


Avec quel Macron faut-il traiter? Avec celui qui, en campagne, en 2017, qualifiait le système colonial de crime contre l’humanité? Avec celui qui, en d’octobre 2021, afirmait que le système politique algérien vivait de la rente mémorielle? Ou plutôt celui d’aout 2022, lorsque de retour à Alger, Macron signait une déclaration solennelle supposée encadrer les relations franco-algériennes? Il y’a encore le Macron qui, il y’a deux mois, affirmait que l’Algérie se déshonorait en plaçant Boualem Sansal en détention et le privait de soins, ce qui est un mensonge évident. Ou encore celui qui, le 31 mars 2025, tout miel, « a réitéré sa confiance dans la clairvoyance du Président Tebboune et appelé à un geste de clémence et d’humanité à l’égard de M. Boualem Sansal, en raison de l’âge et de l’état de santé de l’écrivain».

Ces personnages multiples du président français Emmanuel Macron paraissent à priori déroutants. Cet adpete du «en même temps», pratiquant un grand écart difficile à suivre, prônant une chose et son contraire, finit par déboussoler ses interlocuteurs. Ce qui explique peut-être la prudence du communiqué du 31 mars publié à l’issue d’un entretien téléphonique avec le président Abdelmadjid Tebboune, notamment sur le sort réservé à l’écrivain Boualem Sansal.

 

Le communiqué semble solder la crise qui a empoisonné les relations bilatérales depuis l’été 2024: il annonce en effet une reprise de la coopération économique, sécuritaire et sur le contrôle des migrants; il prévoit une prochaine visite en Algérie de MM. Gerard Darmanin et Jean-Noël Barrot, ministres français de la juctice et des Affaires étrangères, et il fixe des

échéances pour les travaux déjà engagés sur d’autres chantiers, comme celui de la mémoire.

Ce climat d’optimisme était nourri par une volonté d’apaisement manifeste affichée des deux côtés. M. Tebboune avait lancé la première perche en déclarant, il y'a deux semaines, que face au «brouhaha» dominant le «capharnüm» français autour de la question algérienne, le président Macron demeurait «le seul repère» pour la partie algérienne. Autrement dit, les autres acteurs français, comme le ministre de l’interieur Bruno Retailleau, et le premier ministre François Bayrou, qui étaient allés jusqu'à lancer des ultimatums à l'Algérie, ne comptaient pas.

La partie française a saisi la balle au bond, et préparé le terrain à l’entretien téléphonique de lundi dernier, ainsi qu’au communiqué qui l’a sanctionné, un texte à la tonalité très positive.

Reste à savoir comment prendre l’attitude de M. Macron. S’agit-il d’une réelle volonté de relancer les relations bilatérales, ou s’agit-il d’une opération de politique interne en France, voire d’une simple manoeuvre ou d'un coup tordu destiné à obtenir éventuellement une mesure de grâce en faveur de M. Sansal?

Diffile à dire. En tout état de cause, la partie algérienne affiche une extrême prudence sur les dossiers faisant l’objet d’un litige sérieux, à propos desquels rien n’a été décidé.

Sur le Sahara Occidental, les deux pays se déclarent "attachés à la légalité internationale", ce qui n'engage à rien, même si cette formulation s'éloigne un peu de la décision de M. Macron avalisant la thèse du Maroc.

A propos de M. Sansal, le communiqué se contente de faire part de la requête de M. Macron, sans aucune indication côté algérien. Là aussi, on est loin des ultimatums et des menaces de "réponses graduées" du ministre français de l'intérieur Bruno Retailleau.

Mais sur ce point précis, M. Tebboune est pris dans un piège sournois. Certes, il avait balayé d'un revers de la main toutes les rodomontades de la partie française depuis la mi-novembre, date de l'arrestation de Boualem Sansal. L'attitude de M. Tebboune semble même avoir augmenté sa popularité.

Mais aujourd'hui, il est plus délicat de passer outre une requête présentée sous le sceau de l'humanitaire au profit d'un homme âgé et malade.

Autre difficulté: si le président Tebboune répond favorablement à la requête de M. Macron, il risque de perdre une partie de l'opinion algérienne, qui semble très majoritairement applaudir la sentence contre M. Sansal.

Mais au-delà, le plus dur, ce serait un nouveau revirement de M. Macron. D'où cette équation délicate pour la diplomatie algérienne: comment accompagner Macron "jusqu'au pas de la porte" sans prendre de risques inutiles?

تاريخ Apr 2, 2025